Dans le miroir des attentes sociétales, je me suis longtemps perdue, naviguant entre les eaux tumultueuses de la violence conjugale et les chaînes invisibles des normes culturelles et religieuses. La société, ma famille, et ma communauté m’avaient enfermée dans une cage dorée où mon bien-être était sacrifié sur l’autel des apparences et des traditions.

La Société et la Solitude : Un Tabou Silencieux

La société dans laquelle j’ai grandi ne voit pas d’un bon œil les femmes seules. L’image de la femme épanouie, accomplie, est souvent liée à son statut marital. Être Mme Quelqu’un, c’est avoir une identité, un statut, une respectabilité. Être seule, c’est être vulnérable aux regards, aux jugements, et aux murmures. La peur du qu’en-dira-t-on a longtemps guidé mes pas, me forçant à rester dans une union où mon âme et mon corps étaient malmenés.

L’Influence Familiale : Entre Amour et Attentes

Mes parents, bien que séparés, avaient leurs propres attentes et craintes. Mon père, malgré la distance physique et émotionnelle, exerçait une pression silencieuse, incarnant l’idée qu’une femme a besoin d’un homme pour être complète, pour être protégée. Ma mère, quant à elle, craignait le jugement social, la stigmatisation qui rejaillirait sur elle et ma sœur si je décidais de partir. « Si tu quittes, cela signifie que je ne t’ai pas bien éduquée », résonnait dans ma tête comme un mantra toxique.

La Religion et le Divorce : Un Combat Inégal

Mon mari, issu d’une grande famille chrétienne, avait non seulement le soutien de sa communauté mais aussi une influence qui rendait l’idée même de divorce non seulement impensable mais aussi inaccessible. La religion, qui aurait dû être un refuge, est devenue une autre prison, où les doctrines et les interprétations humaines m’ont enchaînée à une vie de souffrance et de désespoir.

La Fuite : Un Acte de Bravoure

Quitter le pays avec mes enfants, c’était défier non seulement mon mari mais aussi tout un système. Les lois, qui demandent l’autorisation parentale pour voyager avec des enfants, ne prennent pas en compte les situations où cette même autorité est une menace pour la sécurité et le bien-être de la famille. J’ai dû ruser, prétendant planifier une visite à une tante au Niger, pour obtenir les passeports et orchestrer notre évasion.


Mon histoire n’est pas unique. Nombreuses sont les femmes qui, comme moi, se retrouvent prises au piège entre la violence, la peur, et les attentes sociétales et familiales. Mais en partageant mon récit, j’espère éclairer un chemin, montrer qu’il est possible de briser les chaînes, de défier les normes et de choisir la liberté et la sécurité pour soi et ses enfants.

Il est impératif que nos sociétés, nos communautés et nos familles réexaminent et remettent en question les normes et les attentes qui emprisonnent les individus dans des situations dangereuses et toxiques. La peur du jugement et de la stigmatisation ne devrait jamais être un obstacle à la sécurité et au bonheur.

Sia. T